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Nager dans le bonheur à l’Hôtel de Gallifet !

Nager dans le bonheur à l’Hôtel de Gallifet !

Façade de l’Hôtel de Gallifet

C’est au cours de l’été 2015, en sortant de l’exposition Icônes Américaines au Musée Granet, que j’ai découvert l’Hôtel de Gallifet. Devenu Centre d’Art en 2010, ce petit bout de nature en plein cœur de la ville m’avait alors immédiatement subjuguée. Deux ans après, ce lieu me revint en mémoire, et j’invitais Anne-Céline Pic Savary à m’y retrouver pour un moment d’interview que je vous relaterai bientôt. En cette occasion, je croisai pour la première fois Nicolas Mazet, son heureux propriétaire, et lui fis part de mes intentions de venir le rencontrer afin de me faire raconter l’histoire de ces murs. Alors, quand j’appris que Les Baratineuses viendraient s’y produire dans le cadre du Festival Arty Jazz, je ne manquai pas de me rappeler à son bon souvenir. Je ne savais pas encore que j’apprendrai en quoi consistait, l’espace d’un instant, la douce sensation de nager dans le bonheur…

Nager dans le bonheur à l’Hôtel du Gallifet, c’est avant tout franchir une porte étonnante, haute en couleurs, habillée par l’artiste plasticienne Mademoiselle Maurice. Œuvre réalisée en octobre 2016 à l’occasion du Festival Légendes Urbaines. Joyeux mélange de peinture et d’origamis qui fait la marque de fabrique de l’artiste, très inspirée de la légende des 1000 grues et de l’histoire de Sadako. Nous voilà déjà plongés dans une atmosphère substantielle qui nous laisse présager de la suite de la visite.

Anne-Céline Pic Savary devant la porte principale de l’Hôtel de Gallifet, revisitée par Mademoiselle Maurice.

Un petit bijou tombé dans l’oubli…

Entrer en ces lieux, c’est surtout rencontrer celui qui a su leur redonner vie : Nicolas Mazet ! Ce ravissant hôtel particulier appartenait jadis à son grand-père qui exerçait ici la profession de radiologue. Un temple familial que Nicolas n’avait pas connu puisque c’est à Paris, en plein XVIème arrondissement, qu’il a grandi. Néanmoins, ces dix colonnes érigées par ses grands parents lorsqu’ils célébrèrent leurs dix premières années de mariage m’inspirent tout d’un temple de l’amour… Pourtant, dans son enfance, quand Nicolas venait à Aix-en-Provence, ce n’est qu’à travers quelques entrebâillements qu’il parvenait à apercevoir la bâtisse et l’état de jungle dans lequel se trouvait le jardin ; et ce n’est qu’à l’âge adulte qu’il en découvrit véritablement les contours. Établi à Paris, mais oscillant entre valorisation de friches industrielles et expositions d’Art, c’est tout naturellement qu’au fil du temps l’idée de redorer ce petit bijou pour le transformer en Centre d’Art s’est imposée à lui…

The Gallifet Art Center, un lieu de vie et de rassemblement

Dès lors, parce que beaucoup de projets se font de manière instinctive avant d’être réfléchis – et parce que c’était avant tout de la vie que Nicolas Mazet souhait redonner à l’endroit – après un mois et demi de travaux, c’est dans un concept plutôt anglo-saxon que le Gallifet Art Center ouvrit ses portes.
Bien plus intéressé par la mise en relation et les échanges générés par cette activité, que par l’esprit «Marchand d’Art » des galeries, Nicolas souhaitait avant tout que ce lieu soit un point de rencontre culturel. Pour lui, l’Art, passé par le filtre des historiens, nous en apprend tout autant sur les périodes que certains récits. C’est pourquoi, tentant d’ouvrir de nouvelles portes, l’art contemporain se présente ici comme un regard projeté sur notre époque. Inspiré par la pensée d’Alain de Botton, Nicolas Mazet considère que les espaces culturels sont devenus des lieux où l’on vient se ressourcer, trouver un équilibre : “dans notre société actuelle, en perte de références religieuses, ces lieux viennent un peu remplacer les églises. On vient s’y rassembler, chercher un peu de nos diverses origines, de nos valeurs…”
Ainsi, c’est dans un esprit d’ouverture sur nos différences – en présentant Happy Days, une rétrospective de l’œuvre de François Arnal – que L’Hôtel de Gallifet réouvrit ses porte au cours de l’été 2010. Un artiste “touche à tout”, anticonformiste, qui s’est inscrit un temps dans le mouvement de l’abstraction lyrique puis celui de l’Art Informel avant de se laisser porter par une totale indépendance créative.
Plusieurs expositions se sont ensuite succédé*, et je ne pourrai pas toutes vous les énumérer, cependant, vous pourrez toutes les retrouver sur le lien que je vous invite à découvrir ici :

EXPOSITIONS

Nager dans le bonheur : tout un Art !

Des expositions coup de cœur, d’abord… puis des expositions thématiques comme Fragile, mettant en scène l’humanité dans toute sa fragilité, ou encore French Kiss, abordant le sujet du multiculturalisme : un thème cher à Nicolas, lui-même issu d’une union mixte entre un papa français et une maman aux origines guatémaltèques…
Ainsi, c’est à un homme ouvert et à la parfaite maîtrise de l’anglais – sa langue maternelle – que j’eus affaire tout au long de ce déjeuner auquel il m’avait convié pour me parler de ce lieu si cher à ses yeux. Un déjeuner aux subtiles saveurs d’ailleurs (je m’étais laissée tenter par le Boeuf à la citronnelle façon Thaï !) que je partageais donc avec cet homme particulièrement attentif à tout ce qui se déroulait autour de lui. Tant en ce qui concerne son équipe, que tous ceux qui entraient ici !  Ainsi, il expliquera – en anglais – la marche à suivre à une étudiante bénévole anglophone, présentera l’espace à deux touristes chinoises, ou raccompagnera une dame à la mobilité réduite, tout en lui racontant l’histoire de cette sculpture intitulée Nager dans le Bonheur, réalisée par un artiste sénégalais : Diadji Diop. Ce nageur rouge, aux traits cosmopolites – des yeux asiatiques, un nez bien occidental, et une musculature africaine – arborant un sourire qui en dit long sur le bonheur dans lequel il est en train de nager, en plein cœur de cette cour ombragée…

Nager dans le bonheur, sculpture de Diadji Diop

Ici, chaque pièce, chaque œuvre, nous raconte une histoire. Et, au Gallifet Art Center sont souvent présentées des structures d’envergure, qui s’inscrivent dans notre temps. Ce fut le cas notamment, en 2013, lors du Parcours d’Art Contemporain MP13, avec la présentation d’Abbottabad, une oeuvre réalisée par l’artiste chinois naturalisé français, Huang Yong Ping. Une création représentant la maison de Ben Laden envahie par les plantes après sa disparition. Comme si la nature reprenait ses droits pour effacer l’histoire….

Abbottabad, Parcours d’Art Contemporain Marseille Provence 2013

Ou encore, en 2015, avec The Ring, une structure faite de miroirs, réalisée par Arnaud Lapierre, à l’intérieur de laquelle on ne sait plus distinguer ce qui est plein, ni ce qui est vide. En défragmentant le réel, le designer nous interroge sur les rapports entre l’individu et l’espace qu’il traverse…

 

L’Evolution de la Photographie : 22 ans d’images ! 

Co-lauréate du Prix HSBC 2017 : Mélanie Wenger nous présente Marie-Claude…

Quant au clou de l’exposition du moment – Evolution de la Photographie : 22 ans d’images, mettant en exergue les derniers lauréats du prix HSBC – c’est assurément l’histoire de Marie-Claude, mise en images par Mélanie Wenger. La jeune photographe, qui s’était égarée tandis qu’elle visitait la Bretagne, interpella cette drôle de vieille femme pour lui demander sa route. Marie-Claude la renseigna et lui demanda alors : « Tu viens voir mes poupées ? » Là, commença l’aventure photographique de Mélanie Wenger (Co-lauréate du prix HSBC 2017 avec Laura Pannack) et de Marie-Claude, qui dura non moins de trois ans. Trois ans pendant lesquels la photographe a su prendre sur le vif de nombreux clichés de cette femme au lourd passé, vivant en recluse dans un trou perdu de la Bretagne, avec pour seule compagnie sa collection de poupées entamée après le décès de son mari violent, 17 ans auparavant. Une histoire bouleversante, qui ne peut laisser personne indifférent, et me ramena –non sans émotions- à quelques souvenirs d’une arrière grand-mère qui vivait seule dans un coin paumé de Touraine…

La salle voûtée où est exposée l’histoire de Marie-Claude vue par Mélanie Wenger/Prix HSBC2017

Marie-Claude photographiée par Mélanie Wenger/Co-lauréate du Prix HSBC 2017

La vie de Marie-Claude en images/Mélanie Wenger/Prix HSBC2017
Photo Marta Zgierska/ lauréate Prix HSBC 2016

Pendant que je faisais le tour de cette émouvante exposition, ma soupe glacée à la pastèque était en train de se réchauffer, et la fin du déjeuner approchait. Difficile de s’arracher au temps ! Sur le ton de la confidence, et parce que Nicolas est un être tout en références qui aime illustrer ses propos, étayer ses idées, chaque sujet abordé avec lui était propice à de nouveaux développements. « J’ai un petit côté éponge… Je sens qu’il y a des choses à raconter… » me confia-t-il avant mon départ !

Et puis Nager dans le Bonheur avec Les Baratineuses !

Les Baratineuses et leur Baratineur devant les photos de Laura Pannack/Co lauréate du Prix HSBC 2017 Crédit Photo Robert Hale

Durant l’été, tous les jeudis soirs, le jardin de l’Hôtel de Gallifet revêt ses habits de lumière pour nous offrir quelques mémorables moments de Jazz. Et, c’est chargée de toutes ces belles histoires dont je m’étais nourries, que je revins, quelques jours plus tard, nager dans le bonheur avec les Baratineuses. À la lueur du soir, ce cadre d’exception prenait encore une autre dimension !
Si je connaissais Clémentine Mazzoni – propriétaire associée d’un établissement dans le vent, Les Baratineurs, sur le Forum des Cardeurs – je ne l’avais encore jamais entendue chanter. Et, c’est avant tout pour elle que je me déplaçais. Pour Jonathan Soucasse, aussi ! Pianiste absolument délirant que j’avais rencontré à l’Hôtel du Pigonnet, tandis qu’il accompagnait Anne-Céline Pic Savary dans leur pétillant duo Popopop. En revanche, je ne connaissais pas encore leur troisième acolyte : Anne-Lise Farioli… 

Les Baratineuses by Robert Hale

Dès les premières notes, Clémentine retirait ses bottines, comme pour mieux s’ancrer avec nous. On chantonne, on frissonne, on s’émerveille… Anne-Lise vint ensuite lui succéder, puis Jonathan céda sa place à “Clem”, avant de nous embarquer tous ensemble. Aucun doute, ils ont l’art et la manière de nous balader ces trois là ! Mais avec fougue et passion ! Jamais sans émotion…

Quel bonheur, alors, de nager cette brasse “touchée-coulée” dans ce cadre idyllique où ne manquait qu’un galant homme pour m’accompagner… Je pourrais vous parler encore de mon ressenti. Du fond, de la forme… Mais j’évoquerai plutôt des circonstances qui amenèrent nos baratineuses à s’exprimer ici, ce soir-là : un oubli dans la grille de programmation du Festival Arty Jazz ! Comme quoi, les accidents peuvent être, aussi, d’heureuses coïncidences.  Cependant, je ne vous baratinerai pas plus longtemps, là n’est pas le lieu ! En effet, Les Baratineuses se produiront le 6 octobre prochain au Modjo, un nouvel établissement aixois qui ouvrira ses portes le 29 septembre prochain, avenue des infirmeries. Et devinez quoi ? C’est à deux pas de chez moi ! Et devinez qui est à la tête de ce joli projet ? Je vous le donne en mille ! Eh bien, non ! Ça aussi, ce sera pour plus tard… Il faut savoir en garder un peu sous le coude !

De cette douce atmosphère, difficile se s’extirper ! L’Hôtel de Gallifet fait partie de ces lieux dont on n’est pas encore sorti que l’on projette déjà de revenir… De ceux où il y aura toujours un  sujet à explorer. Une histoire à raconter… Challenge réussi, donc, pour Nicolas Mazet ! Son Art Center est assurément un charmant espace où les amateurs de bonheur sont à leur aise, et où il fait bon traîner la rengaine. On se croise, on échange quelques mots, et l’on passe d’une table à l’autre pour mieux se rassembler… 

Mais alors, dis-moi, quand reviendras-tu ? Rien que l’évocation du nom de la prochaine exposition : “L’eau, la couleur et les songes” nous laisse entrevoir toute la poésie dont elle sera chargée. Déjà l’eau m’en vient à la bouche. Le vernissage est prévu 26 octobre !
En attendant, il est encore temps de venir découvrir l’exposition du moment, et de s’émouvoir sur l’histoire de Marie-Claude ; l’exposition Evolution de la photographie sera visible jusqu’au 30 septembre prochain ! Et, si vous n’en avez encore jamais fait l’expérience, sachez qu’à l’Hôtel de Gallifet, il y a toujours une bonne raison de venir nager dans le bonheur…

Gallifet Art Center
52 rue Cardinale
13100 Aix-en-Provence
Tel. 09.53.84.37.61

www.hoteldegallifet.com

*Eh oui, ça fait mal aux yeux, mais la langue française a ses subtilités : http://www.academie-francaise.fr/se-succeder-au-participe-passe

3 thoughts on “Nager dans le bonheur à l’Hôtel de Gallifet !

  1. Ça donne envie de te succéder () et de venir nager la brasse indienne ou le Crowl que sais-je! Le bonheur est si beau à contempler sur ces jolies photos !

  2. Merci, le ton est juste, et l’Hôtel de Gallifet est un lieu précieux à Aix.
    J’avais moi-même rédigé dans mon blog ce petit texte le 15 JANVIER 2013
    “Abbottabad ” à l’Hôtel de Gallifet
    Une oeuvre dont l’actualité est saisissante, qui trace en quelques esquisses-esquives de terre cuite douce et d’herbes sauvages, la folie de notre humanité où se collapsent dans le même temps rêves grandioses et destructions : Abottabad de Huang Yong Ping au beau milieu des graviers de la cour de l’Hôtel de Gallifet !

    Les questionnements qu’elle pose sont si lourds sous son apparence modeste qu’il a été difficile de lui donner à Aix le lieu qui vaille pour un large public dont on dit qu’il n’est pas averti… Il me semble que cette oeuvre “s’accorde” très bien à l’Hôtel de Gallifet … et à l’esprit de son hôte, Nicolas Mazet !

    Alain Paire a su une fois de plus en quelques lignes limpides rendre hommage au créateur et éclairer la vie de cette oeuvre : puisse t-elle imprimer de sa présence l’âme des Aixois qui passent auprès d’elle, et nous rappler l’ordre implacable de l’herbe sur l’humanité…

    voir ce lien sur le blog d’Alain Paire :
    http://www.galerie-alain-paire.com/index.php?option=com_content&view=article&id=217:abbottabad-une-piece-dhuang-yong-ping-dans-un-hotel-particulier-daix-en-provence&catid=7:choses-lues-choses-vues&Itemid=6

    Rédigé à 19:51 dans Actualité / Evénements, Art, artistes amis & révélations , Visitation…sens, sensations & perceptions, pêle mèle | Lien permanent

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